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Thursday, August 17, 2017

L’Initiative « Route et Ceinture » replacera l’Europe au centre du monde – Extrait de l’intervention de Jean-Pierre Raffarin au Forum China France Investment Dialogue à Paris

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La clé de tout cela, c’est de progresser ensemble. Il n’y a pas un discours de Xi Jinping, il n’y a pas un discours de Li Keqiang sans qu’ils nous disent en permanence : « On ne peut pas réussir tout seul. On a besoin des autres ». C’est la logique du gagnant-gagnant, mais c’est la logique de la coopération internationale aujourd’hui, qui est la seule véritable réponse aux tensions, et donc à terme, à la guerre.

Dans ce contexte-là, il ne faut pas regarder de manière frileuse l’initiative OBOR, « One Belt, One Road ». Ce qui nous est proposé là est un nouveau plan Marshall très puissant. Il faut étudier avec lucidité. La lucidité, c’est que naturellement c’est un projet qui est chinois et qui est favorable à la Chine. Évidemment, les Chinois, comme les autres nations, ne vont pas bâtir des projets hostiles à leur destin. Évidemment, ce projet est naturellement chinois orienté. Il est clairement utile pour l’internationalisation de la monnaie, pour les surcapacités industrielles, pour la gestion des voisinages, pour la construction d’une relation avec l’Europe. Il est clairement dans l’intérêt de la Chine.

Mais là où les Chinois ont quelque chose de très spécifique, c’est qu’ils construisent des plans à 60, à 80 ans quand les autres les construisent à 5 ans ou 10 ans. À 5 ans, on peut être agressif. À 70 ans, on est beaucoup plus calme. On construit des projets avec une démarche qui est une démarche pacifique mais qui laisse la place aux autres. C’est que, dans une stratégie de long terme, on peut expliquer un certain nombre de choses. C’est pour ça que l’erreur serait de considérer OBOR comme une idée occidentale, comme un coup marketing qu’on voit quelquefois exister dans la vie politique de nos démocraties occidentales. Il s’agit d’une stratégie de long terme. Et dans les stratégies de long terme, la seule initiative fertile c’est la participation. C’est d’essayer d’envisager aujourd’hui cette perspective comme quelque chose qui peut nous être fertile, non seulement parce que nous y avons des intérêts mais aussi parce que nous avons des choses à dire. Nous avons des choses à dire sur la réciprocité. Nous avons des choses à dire sur la transparence des marchés publics. Nous avons des choses à dire sur beaucoup de sujets qui sont des sujets de notre propre culture. Par exemple, quand on fait des infrastructures, on consulte les pouvoirs locaux. On ne passe pas une autoroute, une ligne ferroviaire ici ou là sans consulter les pouvoirs locaux. Donc nous avons des choses à dire. Mais si nous ne sommes pas autour de la table, il y a aucune chance que nous puissions être entendus.

Cette initiative OBOR est une initiative d’envergure stratégique puissante. D’ores et déjà, plus d’une quarantaine de projets d’infrastructures sont engagés. Et il ne s’agit pas que des infrastructures. Il s’agit de la connectivité, dit le rapport fondamental sur ce sujet. Et dans la connectivité, il y a tout ce qui concerne les télécommunications, tout ce qui concerne le numérique, le digital et toutes les nouvelles technologies au service de la proximité des peuples et des économies.

Dans cette logique-là, je trouve que l’Europe n’est pas suffisamment engagée de manière positive. L’Europe doit bouger davantage, notamment avec son plan Juncker, pour proposer des co-investissements. Par exemple en France, nous avons un grand projet sur lequel nous avons fait beaucoup de travaux. Je pense au Lyon-Turin. Lyon-Turin, c’est vraiment un projet qui peut faire appel à la dynamique OBOR parce que c’est vraiment la valorisation de la capitale française de la soie qu’est la ville de Lyon. Nous avons des projets concrets. Nous avons des idées à proposer. Et donc il faut affirmer volontiers que cette stratégie-là est une stratégie importante à la fois pour les états mais aussi pour les entreprises. Et une économie comme celle de l’Europe, et notamment une économie comme celle de la France, avec ses grandes entreprises dans la construction, dans le ferroviaire, dans l’énergie, dans le bâtiment, dans les infrastructures. Nous avons les grands groupes capables de participer à des grands projets à condition, naturellement, que nous engagions une propre réflexion, une réflexion de longue haleine sur ce qu’est aujourd’hui la stratégie « One Belt, One Road » dans l’intérêt de l’Europe en général, de la France en particulier.

Le Président de la République a eu la bonté de m’envoyer comme envoyé spécial au forum organisé par le Président Xi Jinping au mois de mai dernier sur ce grand projet où il y avait une trentaine de chefs d’État présents.

Ce que j’ai vu c’est quand même 41 pays qui étaient mobilisés, qui étaient intéressés. Ce que j’ai vu c’est des outils, des outils industriels, des outils bancaires… dont la Banque des infrastructures, qui sont des structures qui sont devenues des grandes structures multilatérales dès leur naissance. Plus de 70 pays, dès le début, ont demandé à adhérer à la Banque des infrastructures alors que nous ne recevions pas de nos amis Américains des encouragements féroces. Et même le Canada a voulu s’inscrire dans la logique de la route de la soie.

Et donc, il y a là vraiment une mobilisation internationale qui est extraordinairement puissante. Je pense vraiment qu’il faut demander aujourd’hui à l’Europe. Mais dans cette Europe, la France doit jouer un rôle majeur et, à mon avis c’est la stratégie du Président Macron, c’est de montrer que la France peut être leader de la mobilisation européenne sur ce sujet pour proposer des projets, pour proposer des méthodes, pour proposer des initiatives et pour faire en sorte que ce grand projet soit un outil de coopération, y compris naturellement l’Asie, mais y compris tous les pays d’Asie centrale, y compris des pays de l’Europe de l’Est puisque, vous le savez déjà, 16 pays ont déjà été identifiés par la Chine comme étant des partenaires privilégiés de cette initiative. Il y a donc vraiment une démarche proactive dans cette affaire qu’il faut développer. Et tout ceci sera facteur d’investissements, facteur de projets.

Souvent, on craint que les investissements sont des investissements menaçants, des menaces pour chaque pays. On dira « Les Chinois arrivent. Ils vont tout manger. Ils vont tout absorber ». Nous avons des inquiétudes, mais s’il y a pas de participation et surtout s’il y a pas de projets, il y a que des inquiétudes.

On parlait tout à l’heure du Club Med. Mais il est évident que ce qui s’est fait pour le Club Med, à un moment où le Club Med avait besoin de son expansion mondiale, a été fait de manière très intelligente pour faire que cette marque française, cette culture française, devienne puissamment présente sur le premier marché touristique. Et grâce au management français avec Henri Giscard d’Estaing, grâce au board et ce qui s’est passé avec Fosun, on a là vraiment une entreprise qui est dans notre culture, avec cette notion de partage, de joie, de bonheur qu’il peut y avoir dans le tourisme. Et il y a quelque chose qui est fondamentalement culturel et qui est ce que nous avons en commun, entre la Chine et nous.

N’oublions jamais que cette relation est une relation fondamentalement culturelle de vieilles civilisations et c’est pour ça que la relation entre la Chine et la France, elle est durable, elle est exceptionnelle. C’est la vieille culture qui restera le point de compréhension, de sensibilité qu’il peut y avoir entre le peuple chinois et le peuple français. Il y a certes toujours des progrès à faire mais il y a vraiment là, je crois, dans ce projet OBOR quelque chose d’essentiel pour la coopération entre la Chine et la France.

Et je termine en vous disant que, Européen convaincu, moi qui maintenant fait plus de politique, je peux vous dire que, il y a vraiment une grande idée derrière, qui pour nous est l’idée majeure. Vous savez quand vous allez au Palais du Peuple à Pékin, vous voyez ces belles salles avec ces superbes peintures. Vous voyez toujours des cigognes, des grues, des grands oiseaux blancs avec de grandes ailes déployées. Et bien, c’est ça l’avenir de l’Europe. L’avenir de l’Europe, pour moi, c’est ce bel oiseau blanc porteur de paix qui, d’un côté, agite son aile euro-asiatique et, de l’autre côté, son aile euro-africaine.

Nous nous replaçons au centre du monde avec ce projet. Il nous place aujourd’hui, ce projet OBOR, au cœur d’une dynamique qui nous invite à regarder certes à l’est, mais qui nous invite aussi à regarder au sud et à articuler ces  régions pour que les investissements puissent bénéficier à tout le monde. Nos destins sont liés et c’est pour ça que ce triangle Asie, Europe, Afrique est un triangle stratégique dont nous avons tous besoin.

Je voudrais vous dire ma conviction aujourd’hui que, dans ce projet-là, l’attitude la plus négative, qui consisterait à être spectateur, serait une attitude irresponsable. Les défis qui sont devant nous font que notre devoir est d’utiliser les forces qui existent pour les orienter dans la bonne direction, c’est-à-dire les intérêts de l’Europe et de la France. Xiexie.